Si les ordinateurs sous leur forme actuelle ne sont pas un empouvoirement de masse mais au contraire une aliénation de masse, alors Windows et le web 2.0 (avec les efforts discrets mais très actifs et déterminants de Google) n'ont rien démocratisé du tout ; ils ont popularisé la sous-traitance de dizaines de petites tâches administratives.
C'est contre cette informatique-là que nous nous battons.
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Qu'un bon nombre de professions de cadres, dont les opinions, produits d'une introduction à l'écriture dans un environnement safe (qui n'était donc ni Twitter ni Mastodon), sont surreprésentées ici (comme les vécus et les expériences de victimes de maltraitance sont généralement sous-représentés dans la société civile) défendent l'usage de Windows pour faire tourner des progiciels est une chose, mais je pense qu'installer ce système d'exploitation devrait être une option parmi d'autres, pour ses études, au lieu d'être l'environnement par défaut.
NB : on trouve une continuité entre cette prédation notamment culturelle de Microsoft et la manière dont l'infocom en Europe est bouffée par des contrats d'exclusivité entre Microsoft et les universités européennes, en échange de financements ; donc indirectement par la doctrine Fioraso. Nos chercheur·euses sont formé·es sur Windows et se retrouvent à parler de "clictivisme", pendant qu'outre-Atlantique on lit Derrida.
Cela dit en passant – je mets en garde mes adelphes handi·es contre ce que j'appelle l'antivalidisme libéral, consistant à glisser de l'idée selon laquelle l'assouvissement de nos propres besoins anthropologiques (boire, manger, dormir, sortir, se laver, se divertir, socialiser…) et sociaux (faire des études, avoir des enfants, etc.) ne serait pas suffisamment considéré et soutenu par la société comme par nos proches – habiterait-on dans un logement sans douche ? – vers une idée d'emmerdement général des valides et de priorisation de la satisfaction de ses propres besoins, au détriment de ceux d'autres personnes valides et même (et surtout !) d'autres personnes handicapées. C'est non seulement une mise en échec de toute tentative de systématisation de l'antivalidisme, mais c'est aussi une violence intracommunautaire, particulièrement douloureuse et consubstantielle d'une forme de gaslighting.
Mais c'est aussi un travers que l'on retrouve fréquemment chez les pauvres, dont les dispositions populaires sont une conséquence parfois heureuse ou malheureuse d'une forme d'aliénation. Je vois à titre personnel de l'épuisement dans les dispositions populaires découvertes par Bernard Lahire.
Or, les réactions des cadres sur ce réseau social parmi d'autres à toute mention des logiciels libres ne sont pas seulement conceptuellement à l'intersection du validisme et de la classe sociale, c'est à la fois une violence handiphobe et de classe.