CW RMS
Mais elles sont inopérantes concernant le bien-être communautaire que l'usage des logiciels libres peut engendrer. Après 10 ans d'addiction au microblog, Emacs représente pour moi une source – indubitablement austère – de sérénité, et je pense vraiment que l'on devrait parler de bien-être numérique. Alors que les multinationales d'informatique, parfois résumées à travers les acronymes « Gafams », « Faang », « Natu », etc. ont des intérêts intrinsèques à la centralisation de l'internet et donc à compliquer nos sauvegardes de données et notre gestion de nos mots de passe, les sauvegardes avec rsync sont simplissimes et nous discutons du remplacement pur et simple des mots de passe par des jetons de sécurité dits « passwordless », en principe toujours insérés dans un port USB, déchiffrés par code PIN lors de leur insertion ou après avoir allumé un appareil, et insérant un type un peu particulier de mots de passe ² sur simple contact.
² Le service nous fournit une graine à partir de laquelle des mots de passe à usage unique seront regénérés toutes les 30 secondes en fonction du nombre de secondes s'étant écoulées depuis le 1er janvier 1970. Ce modèle est déterministe, la graine est insérée dans le jeton de sécurité et ne peut plus en sortir ; il ne peut donc que nous fournir des mots de passe temporaires, à partir desquels il serait impossible de re-calculer la graine initiale.
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Le second problème concerne la vision résolument militante de Stallman au sujet des logiciels libres, considérant que tou·te utilisataire devrait être militant·e et, par exemple, au fait des enjeux politiques du firmware propriétaire de leurs machines, un peu comme des patient·es devraient comprendre les enjeux hygiéniques ou sécuritaires des hôpitaux ; imposer aux utilisataires de logiciels libres une forme de militantisme peut ainsi revenir à leur imposer une forme de travail qui peut se traduire en exploitation militante. Le militantisme se distinguant de la sympathie militante (et des sympathisant·es) par des formes de formation autodidactes (qu'il s'agisse de la capacité de produire un tract ou de prendre un compte-rendu, d'héberger un serveur, de partager les tâches domestiques, de faire du travail émotionnel, etc.), cette vision monotropique de l'usage des logiciels libres s'articule avec une socialisation sur le tard de personnes porteuses de stigmates sans vraiment en avoir conscience, protégées de leurs effets par leurs familles et socialisées à la dure entre leur sortie du milieu scolaire et leur entrée dans la vie active.
C'est ainsi que l'addiction aux réseaux sociaux, favorisée par l'attractivité des notifications d'approbation relative à une pauvreté de leur environnement social en dopamine et en même temps par le besoin de convertir des formes éventuelles de dépression en déni, prend la forme d'un véritable conditionnement opérant à leurs valeurs (consistant à produire des contenus à l'écart de toute communauté) et en même temps à une éthique d'apprentissage autodidacte, ici de la maintenance d'infrastructure technique, en empêche les victimes de réellement faire communauté (avec leurs familles, leurs pairs…) et de demander de l'aide pour accomplir une tâche, les mettant en échec de manière répétée et élargissant considérablement la zone de vulnérabilité (<a href="#citeproc_bib_item_1">Castel, 1995</a>) produite par les structures sociales « neo-libérales » classiques. On peut alors parler de tendances à la procrastination, à attendre que les informations et les interactions « tombent » dans un flux s'étendant proportionnellement au temps perdu à le lire (on parle de « ligne temporelle »), ainsi qu'à diverses formes de dépression, de formes sans doute considérées médicalement comme différentes et tenant autant à cette mise en échec qu'à leur isolement social.
Castel R., 1995, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Fayard (L’espace du politique), 490 p.
Durkheim É., 1893, De la division du travail social, Paris, Félix Alcan.
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