CW RMS
Le second problème concerne la vision résolument militante de Stallman au sujet des logiciels libres, considérant que tou·te utilisataire devrait être militant·e et, par exemple, au fait des enjeux politiques du firmware propriétaire de leurs machines, un peu comme des patient·es devraient comprendre les enjeux hygiéniques ou sécuritaires des hôpitaux ; imposer aux utilisataires de logiciels libres une forme de militantisme peut ainsi revenir à leur imposer une forme de travail qui peut se traduire en exploitation militante. Le militantisme se distinguant de la sympathie militante (et des sympathisant·es) par des formes de formation autodidactes (qu'il s'agisse de la capacité de produire un tract ou de prendre un compte-rendu, d'héberger un serveur, de partager les tâches domestiques, de faire du travail émotionnel, etc.), cette vision monotropique de l'usage des logiciels libres s'articule avec une socialisation sur le tard de personnes porteuses de stigmates sans vraiment en avoir conscience, protégées de leurs effets par leurs familles et socialisées à la dure entre leur sortie du milieu scolaire et leur entrée dans la vie active.
C'est ainsi que l'addiction aux réseaux sociaux, favorisée par l'attractivité des notifications d'approbation relative à une pauvreté de leur environnement social en dopamine et en même temps par le besoin de convertir des formes éventuelles de dépression en déni, prend la forme d'un véritable conditionnement opérant à leurs valeurs (consistant à produire des contenus à l'écart de toute communauté) et en même temps à une éthique d'apprentissage autodidacte, ici de la maintenance d'infrastructure technique, en empêche les victimes de réellement faire communauté (avec leurs familles, leurs pairs…) et de demander de l'aide pour accomplir une tâche, les mettant en échec de manière répétée et élargissant considérablement la zone de vulnérabilité (<a href="#citeproc_bib_item_1">Castel, 1995</a>) produite par les structures sociales « neo-libérales » classiques. On peut alors parler de tendances à la procrastination, à attendre que les informations et les interactions « tombent » dans un flux s'étendant proportionnellement au temps perdu à le lire (on parle de « ligne temporelle »), ainsi qu'à diverses formes de dépression, de formes sans doute considérées médicalement comme différentes et tenant autant à cette mise en échec qu'à leur isolement social.
Castel R., 1995, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Fayard (L’espace du politique), 490 p.
Durkheim É., 1893, De la division du travail social, Paris, Félix Alcan.
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