Une crainte plus légitime serait de verser dans l'antivalidisme libéral dérivé de Stallman et du "techno-socialisme" : littéralement réduire une lutte sociale à ses propres enjeux d'accessibilité, et voir dans tous les comportements bloquant la normalisation des dispositifs dont on a besoin la preuve que l'être humain serait tendanciellement mauvais, dans une vision vaguement hobbsienne de la société puisque l'on assisterait bien in fine à une mise en concurrence de nos dispositifs d'accessibilité, que l'on parle d'antivalidisme ou d'outils plus ordinaires (Word, Photoshop, Gmail, etc.)
On se trouve donc bien dans des questionnements antivalidistes sans doute intéressants et importants, mais tout ce qu'il y a de plus classique. La problématique est bien entendu renforcée par le fait que comme tout le monde mais dans un contexte culturel validiste, les personnes handicapées veulent faire du bien à leur entourage en partageant des solutions d'accessibilité qui leur changent littéralement la vie ! Or, lorsque l'on n'est par exemple pas diagnostiqué·e et que l'on n'a pas les moyens culturels de défendre ses besoins, on les imposera à autrui, ce qui me semble être la base de l'autoritarisme ; les personnes handicapées les mieux intentionnées du monde pourront donc partager leurs dispositifs à leurs proches, de manière autoritaire, et donc produire chez ces derniers, par la mise en concurrence des logiciels libres avec des logiciels propriétaires qui, pour certains besoins, pourront être plus adaptés, le même comportement de priorisation/défense de ses propres besoins puisque l'antivalidisme sera aussi nébuleux pour les un·es que pour les autres.