Affaire du 8 décembre : un verdict validiste (4/5)
Revenons ensuite sur les faits reprochés aux inculpéés du 8 décembre : avoir sur un ordinateur des fichiers indiquant comment produire des explosifs, et, en 2020, s'être entraînéés à commettre un attentat en faisant une partie d'airsoft, et en tentant de faire exploser quelque chose dans leur jardin. Les inculpéés déclarent elleux-mêmes avoir voulu rompre la monotonie du confinement et ressentir quelque chose, ce qui, bien sûr, est déjà un indicateur de dépression. Le confinement en lui-même a complètement subordonné notre accès à des ressources à un bon vouloir administratif inique ; comme me l'a dit à peu près un enquêté, pour mon dossier de fin de licence, qui portait sur l'accès des étudiantts aux soins de santé mentale pendant le confinement et les cours à distance : « (…) et pendant ce temps l'hippodrome [de Vaulx-en-Velin] était ouvert, ils préfèrent faire courir des chevaux pour divertir des bourgeois à nous faire étudier… » Les décisions du Président de la République, Emmanuel Macron, semblaient s'enchaîner sans planification, sans cohérence ni intelligence ; les profs ont appris à la télévision qu'iels avaient deux semaines pour se préparer à donner cours ; la plupart de la population française n'avait qu'une faible marge d'initiative et a été dégoûtée des gestes barrières, préférant « tourner la page » à la première occasion. Le fait même d'enregistrer des fichiers « à toutes fins utiles » renvoie à la fois à un comportement irrationnel, à une incapacité de ranger son disque dur comme de tenir sa maison, mais renvoie également à une consommation habituelle d'informations de mauvaise qualité, ce qui est – squat.net, 4chan, Mastodon – un facteur de dépression. L'incapacité de se souvenir de ce document, ou même de le faire ressortir à travers une simple recherche dans une base de données, montre par ailleurs une difficulté d'accès aux ressources numériques (ce qui se soldera de toute façon par un échec, leur tentative d'explosion sera à peu près équivalente à un (gros) pétard mouillé) ; enfin, l'acte même de faire exploser quelque chose pour ressentir quelque chose semble irrationnel, et complètement démesuré par rapport à l'objectif recherché.
Affaire du 8 décembre : un verdict validiste (5/5)
Cette erreur judiciaire, dénoncée par les médias, par des associations, et par des intellectuells, semble donc reposer sur une présomption de rationalité : le caractère démesuré des faits reprochés (avoir des ressources pour produire des explosifs, tenter de faire exploser quelque chose et se rater) serait cohérent par rapport à une action démesurée, celle de commettre un acte terroriste. Je pense au contraire qu'il ne serait démesuré que du point de vue d'une dépression successive aux mesures sanitaires, qui, semble-t-il, ont exacerbé des problèmes de santé mentale, voire des fragilités psychiques, pré-existants.