Le rasoir d’Ockham énonce que « les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité ». Le caractère addictif de l’informatique propriétaire peut amener ses victimes à croire que les gens ne sauraient pas ce qu’iels font : c’est faux, dans la plupart des cas nous avons de bonnes raisons d’agir. Mais l’informatique propriétaire n’est pas seulement conçue par des salariéés sous contrat qui, de ce fait, servent les impératifs de leurs employeurs, qui sont de contrôler les ressources planétaires : comme le consumérisme en général, elle vise à empêcher ses utilisataires d’appliquer le rasoir d’Ockham. Les développeureuses sont donc contraintes de présumer que leurs utilisataires appliqueront le rasoir d’Ockham à leurs rapports à leurs ordinateurs, tout en se doutant bien que ce n’est pas tout à fait le cas, car leur environnement est hostile.
viol (rasoir d’Ockham et logiciels libres, 2/3)On pourrait dire que les multiples s’opposeraient aux simples, des objets n’ayant qu’une entrée et qu’une sortie, tellement simples que leur unique fonction serait évidente et indiscutable : en détricotant le raisonnement des accusations abusives pour viols, on se rend compte que la plupart des violeurs sont relaxés et que la plupart des plaintes sont classées ; que les victimes risquent de la répression judiciaire – diffamation – et même envers leurs réputations, pour avoir osé parler ; la part d’accusations abusives est de la sorte infinitésimale ; les femmes savent par ailleurs que de fausses accusations porteraient directement atteinte à l’ensemble de leur groupe, et les exposeraient à davantages de VSS ; en somme : si l’on détricote le raisonnement en une série de simples, alors le rasoir d’Ockham nous commande de croire la victime en premier (et évidemment d’écouter le violeur présumé, en accordant crédit à sa version des faits, en second lieu).
Pour prendre un autre exemple, nous sommes régulièrement enjointts à utiliser des mots-clés. Leur usage sous forme de hashtags est emblématique d’encouragements à enfreindre le rasoir d’Ockham, puisque les objets sont définis en traçant une limite, en les délimitant des autres. Sur mon blog, un mot-clé permet de voir et de comparer tout ce que je dis sur un sujet : je peux référencer ou non un billet récent dans un billet plus ancien, amendant ce que je disais dans le précédent ; mais je peux aussi étiqueter ces deux billets pour les référencer l’un par rapport à l’autre. À ce titre, l’usage du hashtag encourage des usages de Twitter non conformes à nos objectifs et à nos valeurs.