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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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À propos d'incertitude en médecine générale - thread qui n'a aucune autre vocation que de poser un ressenti ici, dans un but cathartique ou jsp quoi, pour nourrir des réflexions éventuelles autour du raisonnement médical.
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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine Je pensais n'avoir, en consultation, aucun mal à dire "je ne sais pas". En tant que médecin généraliste on doit connaître un peu tout, on sait poser ou évoquer beaucoup de diagnostics fréquents, connus. Je peux diagnostiquer une grippe, une varicelle, une crise de goutte (aïe) évoquer une colique néphrétique (re-aïe), une polyarthrite rhumatoïde... les lumières s'allument dans ma tête à l'évocation de certains symptômes et ensuite je cherche !
Mais la pathologie rare, qu'on n'a encore jamais rencontrée en vrai, évoquée une fois en cours en quatrième année (il y a facilement 10 ans maintenant), et dont on n'a plus entendu parler depuis, j'en ai (et la plupart des med gé aussi) très certainement oublié les symptômes et la présentation. Les syndromes rhumatologiques peu fréquents, les maladies systémiques complexes, par exemple.

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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine Et puis il y a les "symptômes médicalement inexpliqués" qui sont et qui vont être de plus en plus présents dans notre quotidien. Les symptômes "fonctionnels" qui font souffrir, ou qui font tousser ou qui perturbent le transit... Ces perturbations de l'état "normal", du confort de la pleine santé, qui créent la détresse : docteur, je ne suis plus comme avant, il y a quelque chose qui ne va pas.

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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine Alors au début, on cherche. On ne comprend pas forcément mais on cherche. "Pourquoi cette personne a mal à cet endroit, ça n'a aucun sens médical! J'y comprends rien à sa toux/sa douleur/son symptôme!"
On fait des scanners, des prises de sang, des anticorps anti-trucs, on demande à des spécialistes. Puis personne ne sait, finalement, on a tout fait, tout a l'air de fonctionner normalement. Mais la personne a mal. N'arrive pas à dormir. A des difficultés à respirer.

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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine Et LÀ ! Arrive la grande question, que je me pose à longueur de journée : "est-ce que c'est moi/les éventuels spécialistes à qui j'ai demandé qui n'avons pas la connaissance nécessaire pour poser un diag / savoir où et quoi chercher ?" OU "Est-ce que c'est un symptôme fonctionnel/médicalement inexpliqué qu'il faut prendre en charge différemment que la vieille médecine à papa ?". Est-ce que je suis nul, comme médecin? Est-ce qu'il y a un truc auquel je pense pas ? Est-ce qu'il me manque LA pièce du puzzle ? Est-ce que je devrai faire ce scanner supplémentaire ? Cette analyse en plus ? Ou est-ce que même en faisant 14 IRM de plus, on en sera toujours au même point? Faut-il arrêter de chercher et admettre comme réponse "c'est un symptôme médicalement inexpliqué ?"

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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine En deux mots, comment je gère mon ignorance / incertitude?
Est-ce que je la maquille d'un "de toute façon, vous n'avez rien / c'est dans votre tête, puisque ce n'est pas dans le champs de mes connaissances !" Spoiler : nope.
Est-ce que je prends un raccourci validiste/grossophobe/autre -iste ou -phobe pour ne pas avoir à questionner le mal-être que cette incertitude réveille en moi, la remise en question derrière ça : "il faut maigrir, ça résoudra tout - c'est à cause de l'âge - c'est parce que vous avez tel handicap, ça doit être ça qui vous crée
ce symptôme que je ne sais expliquer ? Bien sûr que non.

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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine Ca me laisse quand même avec un gros trou de "qu'est-ce que je fais de cette personne en face de moi et qui souffre?". Alors évidemment qu'il n'y a pas une réponse toute faite et applicable à tout le monde. Évidemment qu'une piscine va être payée à ma psychotherapeute merveilleuse pour détricoter tout ça et trouver un compromis "confortable" pour moi. J'ai un compas moral qui m'oriente vers les choses à ne pas faire : dénigrer, infantiliser, remettre en question la plainte, minimiser... J'en passe.
Je pense quand même qu'il faut qu'on questionne ça collectivement, qu'on soit du milieu médical ou non.

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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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Réflexion médicale - incertitude en médecine Au delà de ces considérations personnelles, pour nous médecins, je crois qu'il est important de nous poser avec ce malaise que l'incertitude médicale nous renvoie. D'aller appuyer là où ça fait mal, et de comprendre pourquoi ça nous fait mal de "ne pas savoir" et aller regarder comment on réagit quand on est dans cette situation. Quelle(s) réponse(s) toute faite vient sortir à voix haute, pour mettre la poussière sous le tapis? Pour réduire notre propre détresse? Celle d'être face à quelqu'un qui souffre et dire "je ne sais pas" ou pire "la science actuelle ne sait pas, et je n'ai pas de solution unique pour apaiser vos souffrances".
Et de l'autre côté : qu'est-ce qu'on attend du médecin au fond ? Qu'est-ce qu'on est prêt.e à entendre en consultation ? Sous quel délai, au bout de combien de temps de recherche ? Quelle posture souhaite-t-on que le médecin qui cherche à comprendre ait envers nous ?

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Pebble @PebbleOnEarth@peculiar.florist
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Réflexion médicale - incertitude en médecine @ArthRedBeard

Merci pour ce thread, pour ton humanisme et ton humilité.
Je ne peux pas vraiment répondre à la partie sur le questionnement même des médecins et la frustration, bien compréhensible, que l'impossibilité de trouver facilement, et de guérir ou soulager, provoque chez le corps médical. Mais je peux donner mon ressenti sur ta toute dernière question.
A cette frustration, comme tu l'as dit, peuvent se dresser l'autoritarisme des "sachants" qui ont fait 10ans~ d'études et qui savent mieux que le patient ce qu'il se passe (of course : pas totalement), ou à l'inverse, ton approche bienveillante, qui fait aussi confiance aux ressentis des patients, auxquels tu peux essayer d'apporter tes connaissances, pour construire ensemble un début de solution.

Sans rentrer dans les détails médicaux, j'ai eu plusieurs fois à appeler le SAMU pour un proche, dont le seul symptôme est "mal de tête", mais bien sûr, ce n'est pas juste un "mal de tête", puisqu'il vire rapidement en convulsions (et pire).
Une fois, une seule, nous avons eu un urgentiste d'une curiosité intellectuelle égale à son humilité, à qui on a expliqué en long, en large et en travers la maladie (rare) du proche, qu'il n'avait effectivement probablement jamais vue ou à peine abordée pendant ses études. On n'a jamais été aussi bien pris en charge ensuite grâce à ses indications précises à l'hôpital qui nous a accueillis, on n'a pas eu à attendre pour le scanner, pour les mesures des paramètres qui mettaient clairement en évidence le problème. On a gagné un temps précieux.
Et ce, versus toutes les autres occasions où on a frôlé le décès (ou les lésions permanentes).

La question que je me pose, c'est est-ce que le personnel médical, lors des études ou de la formation continue, est sensibilisé à ces questions ? (et pas que sur les maladies rares d'ailleurs)
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Thurtine @ArthRedBeard@mastodon.opportunis.me
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@PebbleOnEarth merci pour tes gentils mots.
Sensibilisé à ces questions c'est difficile d'y répondre. Oui et non. On nous sensibilise à certaines choses, on nous encourage à lire (Winckler notamment, ou des bouquins de philo médicale), on a quelques heures de cours sur le côté moins technique et plus "relationnel"? Jsp comment dire?
Mais c'est pas énorme et beaucoup de mon expérience a été sur le tas, sans debrief particulier de ces questions. Ça dépend beaucoup d'où on passe en stage et des maîtres formateurs qu'on rencontre.

Mais encore une fois, les études changent beaucoup, et les miennes remontent déjà à environ 8 ans pour le passage de mon concours final avant l'internat. Depuis lors, il y a déjà des choses qui ont changé et en bien !
Donc je pense que ces questions seront de plus en plus abordées, mieux et de manière plus systématiques. Comme je disais plus haut, écouter "Le Serment d'Augusta" m'a fait du bien, entendre les paroles des étudiant.es en médecine actuel.les et la réflexion qu'ils ont sur ce type de sujets, c'est encourageant !
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