Le questionnement (Journal de mon TSA)
Déjà, il faut savoir que j'ai vu Voyager 1 et 2 décoller. Bon, pas littéralement. Mais ça situe les choses.Mon rapport à l'autisme a longtemps été rempli par les seules représentations que la société donnait à voir à ce moment-là. Autant dire, des certitudes et des préjugés. Rain Man. Ou ces reportages sur des enfants qui hurlent, ne parlent pas, se balancent toute la journée.
Mais je ne sais pas compter les cure-dents en vrac. Personne ne songe à l'autisme me concernant.
D'ailleurs, si je n'ai pas d'amis, c'est sûrement parce que je suis bonne élève et donc mise à l'écart. On me répète qu'en grandissant je trouverai des gens qui me comprendront. Ah. Bon, ben, on va patienter.
Je plonge dans Internet, dès les modems 14k. Ça sauve ma vie sociale. Parce que même si je n'aime pas être en présence des gens, physiquement, j'ai besoin d'une vie sociale malgré tout. Même éphémère, même si les amitiés ne durent pas, parce que je me lasse vite. C'est pas grave, chaque expérience est profitable, nous fait grandir. Le net élargit mon monde, mes connaissances. Mon horizon ne se limite plus aux toits les plus lointains que j'aperçois depuis ma fac. On me demande parfois pourquoi j'accorde autant, sinon plus, d'importance aux "gens du net" qu'aux "vrais gens" (aka les voisins au bout de la rue). Comment leur expliquer que moi aussi je suis "une fille du net" pour mes interlocuteurs de l'autre bout du monde ? Je ne suis donc pas une vraie personne ? 🤔
Récemment, par hasard, deux personnes qui ne connaissent pas, elles-mêmes avec un TSA, me font prendre conscience que l'autisme féminin, ça existe et que ça mérite que je creuse la question, après avoir vu mon comportement. Je suis franchement dubitative. Combien de psys ai-je vus dans ma vie ? Tous m'ont trouvé une dépression et refilé les cachetons qui allaient avec (en vain...). Pas un n'a même évoqué l'autisme.
Alors j'en parle à une amie (dont le boulot est en rapport avec la psychologie). Je me souviens de ce moment, du soleil hivernal qui se couche tôt, de l'air frais sur la terrasse qui me fait penser que je devrais rentrer au chaud. Et de moi qui rigole au téléphone en racontant l'anecdote : "Tiens, tu ne sais pas ce qu'on m'a dit?" Et le silence, lourd, assourdissant de vérité qui tombe d'un coup.
"Pebble, ... je ne te l'ai jamais dit, parce qu'on est amies depuis plus de 10 ans, que ça aurait été poser un diagnostic non sollicité, que je te voyais galérer mais gérer au mieux. Mais depuis le début, je suis persuadée que tu as un TSA. J'attendais que tu te questionnes pour t'en parler. Et pour t'aider."
Je m'assois sur la première marche. Je n'ai pas l'impression de m'être pris un train. Non. Je suis ce train qui a déraillé, et qui reste suspendu dans le vide après avoir défoncé la façade de la gare.
Suite : Et si c'était vrai
#ActuallyAutisticFR #TSA #autisme