@oceane
Ce qui m'obsède depuis quelques semaines (mois ?) maintenant, c'est que la forme même du web est la source du problème. Le web est la continuité de l’asymétrie de nos connexions internet et des UNIX d'antan: un client bête, un serveur intelligent. Un client intermittent, un serveur allumé 24/7. Un client qui lit et écrit, un serveur qui décide. Un client unique que tout le monde a déjà, un serveur par usage bien distinct
Le serveur st le seul à pouvoir prendre une décision (qu'est-ce que tu as le droit d'écrire, qu'est-ce que tu vas lire, à qui tu peux parler) et les capitalistes ne s'y sont pas trompés: c'est ici qu'ils se sont tous placés pour faire leur maille en appliquant leur stratégie habituelle (capter l'attention, choisir seuls des prix, segmenter l'offre pour faire payer plus, réduire au maximum les possibilités pour qu'on ne puisse pas s'en extraire facilement, ...)
On essaie de s'en sortir, mais qu'est-ce qu'on fait ? Au lieu d'avoir un serveur web contrôlé par quelqu'un·e d'autre on dit qu'on fait un serveur web contrôlé par soi. Fantasme élitiste qui est de croire que tout le monde va pouvoir facilement se prendre un nom de domaine, configurer un ordinateur/louer un vps, installer un mastodon ou même un simple serveur web, automagiquement. "Oui mais yunohost" -- yunohost marche très bien, encore faut-il avoir les compétences techniques pour l'installer et l'utiliser. Pendant un temps je pensais (et pense toujours) que la solution passe par le collectif, que quelques personnes peuvent s'occuper d'avoir ces serveurs pour un groupe large, mais au fond, est-ce qu'on a vraiment avancé ? Pour moi c'est comme passer de faire réparer sa voiture chez un concessionaire à faire réparer sa voiture chez un garage associatif. C'est sympa, ça crée des liens, mais on reste sur un objet beaucoup trop compliqué et impalpable par essence. On reproduit une infrastructure faîte pour nous contrôler en choisissant de meilleur·es maître·sses, qui seront responsables du bon fonctionnement au quotidien. On consomme des ressources en permanence mais on espère que c'est un peu plus propre parce qu'on passe par une asso. On leur fait peser un gros poids dessus.
Le web aura toujours dans son ADN un point central accessible par la planète entière qui doit être allumé 24/7. Je pense qu'il faut se défaire de ce modèle et repartir de nos usages pour se rendre compte qu'on n'a pas besoin d'un serveur allumé en permanence, on n'a pas besoin parler à l'ensemble de la planète entière, et on n'a pas besoin que nos usages soient segmentés. Ce dont on a besoin et qui nous correspondrait plus, par exemple, ce serait un ensemble de fichiers statiques, locaux, sur lesquels on travaillerait (soi un humain soit un processus automatisé), qu'on synchroniserait avec les personnes avec qui on veut échanger qui elles-même les modifierait/en créerait de nouveaux. On pourrait continuer d'utiliser des serveurs pour des tâches simples comme stocker et transmettre, faire des backups, le tout chiffré bien sûr, pour qu'ils soient interchangeables.
Rien de nouveau là-dedans c'est certain, mais je pense qu'à l'avenir il faut privilégier ces autres formes de communication. Des endpoint intelligents et des nœuds intermédiaires bêtes, en fait c'est la continuité même d'internet contrairement au web qui est l'exacte antithèse d'internet. A mon avis si ça n'a pas pris c'est parce que les interfaces ne sont pas du tout aussi abouties (tout est en ligne de commande donc inscrutable, il y a eu une fois un navigateur, beaker, mais encore très technophile et son concepteur a tenté une autre aventure) et ne se concentrent pas assez sur les utilisataires.
Le web ne peut être qu'autoritaire, et donc capitaliste dans la société d'aujourd'hui, il faut s'en défaire.
#web #capitalisme