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La vérité est que je m'en veux terriblement, et que je ne peux qu'imaginer la souffrance de jeunes hommes autistes racisés, que je me suis moi-même surprise, en tant que militante antivalidiste de facto et sans avoir trop eu le choix, à éprouver un sentiment de dégoût et de crainte devant un jeune maghrébin dont le langage corporel, le mutisme, l'aggressivité latente et intériorisée contre soi-même ne sont que ceux d'une personne autiste non-diagnostiquée. Ils (sans parler des femmes dont j'ignore tout) sont complètement exclus de la représentation positive des personnes autistes dans les médias, des critiques que font des personnes autistes blanches du sexisme et de la transphobie dont ferait apparemment preuve Schovanec dans ses livres ou/et dans ses interventions, etc. Les personnes racisées sont sous-diagnostiquées, reçues moins longtemps, attendent plus longtemps, pour accéder à des soins médicaux quelconques, sans parler des émanations explicites de racisme à travers le tristement célèbre « syndrome méditerranéen ». Je suis encore à mille lieux d'inclure les femmes autistes, cisgenres, d'origine algérienne dans toute critique radicale de l'oppression ; je n'ai pas vu circuler, de la part des personnes autistes auxquelles je suis abonnée, une seule étude portant sur les liens entre TSA et racisme, encore moins dans un contexte français.
Ce post est autant une dénonciation qu'une autocritique : les personnes autistes sont maltraitées et l'émancipation à travers des positions de cadres, un intérêt pour l'infodumping, me semblent toutes représentées comme blanches ; les personnes, développeur·euses, romancièr·es, etc dont il me semblait reconnaître le style, ce goût parfois si particulier et si proche du self-loathing (ou à l'inverse complètement lumineux) pour le bon usage des bonnes infrastructures de communication, qu'il s'agisse de Skribe, de l'« acidité » d'un bouquet de fleurs qui m'évoqua chez ma fleuriste le goût si intense, dont j'avais rêvé, d'une tarte au goût de l'album « Drag Queen » de Julian Casablancas, que j'écoutais en lisant « La Zone du dehors » d'Alain Damasio, ou des podcasts et des bibliothèques, s'appellent Robert, Pierre, Sylvia, Mélanie, Jean-Luc, Géraldine, sont toutes blanches. La productivité à laquelle est associé le monotropisme souvent politisé des personnes autistes ne s'étend pas aux personnes issues de l'immigration algérienne. Je vis mon manque d'engagement à ce sujet comme la complicité lâche et criminelle dont font preuve les personnes allistes à l'égard des personnes autistes, ou des mendiant·es, dans l'espace public.
Moi qui ai passé quatre ans avec une personne autiste et racisée – comment ai-je pu être ne serait-ce qu'une conjointe à ce point médiocre ?