La comparaison avec la musique montre bien qu'il serait lunaire de ne pas se partager des MP4 en VBR 168KB/s sur YouTube, mais aussi qu'il serait plutôt triste de ne jamais se rendre à des concerts ; on y trouve une ambiance, un sentiment de communauté, parfois associé à de la religiosité (le sentiment de « faire communion ensemble »). Il y a de même des éléments de spiritualité dans la lecture d'un grand auteur au format papier, ou dans l'enregistrement de ses idées avec de la bonne encre, sur du bon papier.
De même l'IRC, et je pense en particulier aux tildes, a-t-il permis à des personnes, pendant le confinement, de conserver une bonne partie de leur santé mentale, de ne pas sombrer dans la dépression, en continuant malgré tout et malgré la distance de faire communauté. Il serait certainement préférable de se rencontrer AFK à la Triche, ou autour d'un ordinateur portable sur lequel on installerait Libreboot, mais le numérique rend la participation à des communautés plus accessibles à de nombreuses personnes (par exemple handicapées) qui autrement pourriraient dans leurs lits. (Je ne parle pas des réseaux sociaux et je pose comme condition le fait de diversifier autant que possible les technologies, protocoles, serveurs, sites web, modalités de communication, etc. utilisés.) Vous y aurez pensé par vous-mêmes, mais il facilite aussi la participation à des événements AFK, avec les événements Facebook, Mobilizon, Instagram, Knockk, annoncés via RSS, etc. (et selon des enjeux d'accessibilité pouvant varier d'une personne à l'autre, Fabien Olicar promet de fournir des solutions à ce problème dans son dernier livre et je ne l'ai pas encore lu mais j'en ai bien l'intention).
Je ne vois donc pas l'intérêt d'opposer les livres (supposés être la seule bonne manière de partager et de consommer des informations) au format numérique (présenté de manière un peu pédante et peut-être même tout à fait bourdieusienne comme plus « moderne », plus « racée », plus accessible en tout cas).
Ces deux usages du numérique sont complémentaires, seulement le second relève plus du domaine de la sociologie et de mon expérience à Grenoble, à Lyon 2, et en me renseignant quand même à ce sujet, elle est aux fraises.
Aucune des deux interprétations scientifiques ne contredirait l'autre, elles seraient toutes deux complémentaires. L'internet donnera au peuple l'écriture, mais aussi des carnets Moleskine et de l'encre Mont Blanc, et donc, bien évidemment, l'accès à l'érudition qu'un entourage populaire décrira (comme il décrit dans mon cas l'usage de mon ordinateur) comme une perte de temps (« c'est pas avec ta base de connaissances personnelles que tu vas apprendre à fixer une roue sur une chaîne de production ! »).
(Je plaisante et je devrais supprimer cette phrase, mais elle est tellement parfaite…)
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