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Océane @oceane@peculiar.florist
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Je veux juste clarifier un truc.

Si Linux ne répond pas à votre cas d'usage, au vu du manque de financement des logiciels libres de manière générale, relativement peu de développeur·euses non-concerné·es le prendront en charge. C'est vrai.

Mais s'il n'est pas pris en charge, vous avez besoin d'une machine (sous Windows ou macOS) qui y réponde. À la rigueur, installez Qubes OS ou installez Linux sur une seconde machine (ou sur un SBC).

Et si vous n'avez pas de compétences techniques, contentez-vous de donner des sous à des développeur·euses qui, de toute façon, ont à peine de quoi payer leur infrastructure. Solidarité organique maggle.

Une grosse partie du problème est culturelle et développer des compétences techniques peut être sous-optimal.

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Océane @oceane@peculiar.florist
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Le problème n'est pas que les gens voudraient garder leur argent pour elleux. Il est double :

1. Assimilation du don à des assos de développement de logiciels libres à de la charité.

1.1 Premièrement, l'assimilation est totalement légitime : les projets libres, les créataires de contenus « font la manche ». Il faudrait être extrêmement présomptueux·se pour croire créer plus de valeur sociale en maintenant une distribution Linux qu'une mère de famille Rom tentant de payer du lait maternisé à son bébé après la destruction de son campement. Le modèle de financement des logiciels libres est assimilé, à raison, à de la mendicité.

1.2 L'indignité de la situation de mendicité, soulignée par Robert Castel (« Les Métamorphoses de la question sociale », 1995). Historiquement, les mendiant·es doivent (1) être en incapacité de travailler et (2) mendier sur leur lieu de naissance (et de domiciliation). Iels doivent mendier, typiquement, devant l'église de leur paroisse de naissance, où iels doivent vivre et mourir.

1.3 La solution est donc dans un premier temps de changer de rapport à la mendicité : sans changement, pas de dons, et sans dons, pas de libération de la société par les logiciels libres. On ne donne pas par charité (acte d'identification des bon·nes et des mauvais·es mendiant·es, donc d'identification en premier lieu de nos droits de domination face aux membres les plus faibles de notre société, et donc de prédation) mais par solidarité inconditionnelle envers les pauvres. J'ai une mauvaise opinion de certain·es mendiant·es, mais je leur donne sans autre condition que mes ressources ; je parle aux mendiant·es de mon quartier, iels connaissent mon nom, je connais des bribes de leurs vies, et certain·es me paraissent clairement dans l'abus mais ce n'est pas la question, et ça n'a rien à voir avec leur droit citoyen – et républicain – de voir leurs besoins élémentaires, nourriture, logements satisfaits.

La première étape est de changer son rapport à la mendicité. Vous avez un salaire d'ingé, un mendiant vous dit n'avoir pas mangé de la journée ? Emmenez-le à la boulangerie.

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Océane @oceane@peculiar.florist
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2. On n'a pas d'échelle.

2.1 D'une, on se sentirait en besoin d'obtenir la transparence la plus totale des associations auxquelles on donnerait. Et si cette association gérait mal mon argent ? Et si je ne risquais pas de gaspiller mon argent dans – par exemple – le salaire des cadres à des position de direction de Mozilla, plutôt que dans le développement laborieux mais honnête du navigateur Firefox ?

2.2 De deux, on ne sait pas combien donner – 10 € ? 50 € ? Et si ce n'était pas assez ? Et si c'était trop ? Et si je commence, où m'arrêterai-je (sur le modèle de « et si je commence à me former en informatique, où m'arrêterai-je ») ?

2.3 Ce que je suggère est de donner 10 €, de manière rétroactive, pour chaque téléchargement d'un logiciel libre nous satisfaisant, ou susceptible de nous satisfaire mais impossible à installer en raison de limitations techniques et d'un problème de financement ?

2.4 Ce problème est beaucoup plus efficace, et beaucoup moins sacrificiel, que l'apprentissage autodidacte de compétence technique sur le modèle Twitter/DansTonChat (les égouts de l'internet) considérant grosso modo que les linuxien·nes seraient une élite sociale, et les windowsien·nes de pauvres raclures incapables d'utiliser un vrai système d'exploitation. Vous êtes graphiste et vous utilisez Photoshop ? Trouvez-vous une échelle, donnez peut-être 5 % de votre abonnement Photoshop (ou de celui que vous évitez de payer, en piratant) à Krita, Penpot, Scribouilli, ou quoique ce soit d'autre.

Et quand on parle d'un salaire de graphiste dans une grosse boîte, il me semble, sans vouloir trop m'avancer, que vous pouvez dépenser 4 € par mois (en évitant de vous fader des logiciels libres dont le développement est sous-financé, au moins sur votre ordinateur pro). Je suis pas ironique ou sarcastique, je ne connais pas exactement la précarité de la profession, je sais juste que certain·es gagnent 2 400 € donc en fonction de vos revenus évidemment, si vous utilisez ou souhaitez pouvoir utiliser des logiciels libres, convertissez votre frustration en un don de 10 balles et passez à autre chose.

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Océane @oceane@peculiar.florist
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PS : je suis linuxienne depuis 10 ans, comme on parle de logiciels libres, comme on parle de logiciels dont le développement fait, en principe, progresser l'état de l'art, j'ai assisté à de véritables progrès, lents, mais réels.

On a développé de nouvelles normes de chiffrement et de sécurité, notamment doas, signify, unveil, pledge, et bientôt runit avec systemd.

On a développé un nouveau protocole, Wayland, sur lequel brancher de nouveaux compositeurs, comme wlroot, permettant d'exécuter des programmes graphiques (dont certains sont propriétaires) sans leur permettre de lire/modifier tous les fichiers et d'exécuter tous les programmes que vous pouvez lire, modifier, et exécuter. C'est un grand progrès pour, par exemple, pouvoir exécuter Discord (qui aura peut-être accès à nos documents de cours, mais pas forcément à nos documents syndicaux) tout en retranscrivant un entretien accordé par une mal-logée victime de maltraitance et portant de multiples traumatismes. (Exécuter Discord sur de telles machines et sans mesures de sécurité particulières est illégal au regard de la loi européenne et vous expose à 20 millions d'euros d'amende, mais passons.)

Et on pourrait peut-être développer un gestionnaire de permissions graphique permettant de rendre certains dossiers lisibles par certains groupes (par exemple, logiciels-propriétaires) sans leur accorder un accès total à nos fichiers personnels, auxquels appartiendraient chaque utilisataire chargé d'exécuter un logiciel propriétaire ?

Par exemple, dans l'arborescence suivante :
├── Documents
│   ├── documents-sensibles
│   ├── documents-syndicaux
│   └── études
└── Images
    ├── études
    └── syndicat

8 directories, 0 files

Discord est exécuté en tant que l'utilisataire
_discord, appartenant au groupe logiciels-proprietaires, qui ne peut accéder qu'aux dossiers Documents/études et Images/études. À moins d'une faille de sécurité dans Wayland, il n'a pas accès aux dossiers documents-sensibles, documents-syndicaux, et syndicat, ce qui est mieux que… strictement rien. On a un embryon de sécurité/séparation des privilèges dans le style d'Android qui fait qu'une application ne peut pas accéder à tous tes fichiers (photos, contacts, etc.).

On a eu un embryon de compositeur développé par Canonical, Mir8, que j'ai utilisé en version d'essai et qui était somptueux, jusqu'à ce que Shuttleworth lâche l'informatique personnelle car les libristes sur les réseaux sont des péons à l'écart de toute organisation de libristes (un peu comme les « antifas » qui crient « un flic une balle ») et car son entreprise réalisait de toute façon la plupart de son CA sur les serveurs. On retrouve Mir8 sur Ubuntu touch et donc sur Lorimi, son interface graphique, portée au bout de 4 ans de travail bénévole sur PostmarketOS.

La bonne nouvelle est que Canonical peut se remettre sur les interfaces graphiques à tout moment. Il suffit de faire plus de dons, ça sera aussi l'expression de notre gratitude.
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Océane @oceane@peculiar.florist
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On a aussi eu Solus (sous-financée), PostmarketOS (ENFIN une distribution Linux pour appareils mobiles), un gestionnaire d'init controversé mais efficace – systemd –, une bibliothèque C plus moderne et plus sécurisée, un fork de Debian sans systemd mais avec glibc, une distribution « from scratch » sans systemd et avec musl (Alpine Linux), un fork d'Ubuntu (qui a produit deux environnemets de bureau, Mate et Cinnamon), et trois forks de FreeBSD à destination des utilisataires graphiques (GhostBSD et MidnightBSD), dont un système d'exploitation expérimental reprenant les lignes directrices du design d'Apple des années 60 au début des années 2 000, helloSystem.

Ah oui, et on a forké XEN pour développer le système d'exploitation le plus sécurisé au monde, utilisé par des journalistes et notamment avec le logiciel SecureDrop, Qubes OS.

Si ces logiciels vous ont fait du bien, donnez-leur des sous. S'ils manquent de moyens humains et ne sont pas suffisamment portés vers vos interfaces graphiques, s'ils ne sont pas portés vers votre matériel, ou si chaque installation vous confronte aux mêmes erreurs et aux mêmes quatre posts de forum dérivant sur des digressions sur la licence GNU GPL ou sur pourquoi FreeBSD n'est pas une distribution, donnez-leur des sous. Peut-être qu'avec 10 fois plus de budget (et ça se fait EZ, il faut juste qu'on s'y mette tou·tes), le projet FreeBSD pourrait embaucher un temps partiel pour répondre aux posts de son forum ?
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Et donner des sous, ça. marche.

Le projet Org-mode reçoit
145 € par semaine sur LiberaPay, je suis abonnée à la liste de diffusion (je la trie avec des filtres Thunderbird) et les développeur·euses sont poli·es, répondent aux problèmes des utilisataires, peuvent même leur partager des bouts de code. Iels sont payé·es pour ça, je veux dire 145 € divisés par 30 € de l'heure, ça fait près de cinq heures par semaine, bien payé·e, à travailler sur le langage et à répondre aux emails. Évidemment iels se sous-paient, mais ça avance et tout le monde peut rapporter des bugs et obtenir de l'aide. Si vous ne savez pas signaler un bug, au lieu de vous faire insulter par un BDFL comme Theo de Raadt, on vous demande poliment de transmettre tel et tel fichier (ce qui est déjà ce que font la plupart des projets de développement de logiciels libres, on ne va pas se mentir).
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