Il en va d'ailleurs de même avec la microbloguisation de nos conférences et de nos événements : un·e bon·ne libriste, un·e libriste reconnu·e, serait attesté·e par des milliers d'abonné·es sur Mastodon, et vice-versa. Cette métrologie est inséparable d'une privatisation de nos infrastructures (on ne partage pas son audience avec autrui, en tout cas pas sans partager son mot de passe, le microblog ne peut donc pas être conçu pour ça ; inversement nos prises de découverte de canaux d'informations sont trop faibles pour permettre une forme d'usage éclairé, comme les flux RSS le feraient_; cette faiblesse crée une rareté artificielle et gonfle donc artificiellement la valeur de nos abonnements, ce qui nous empêche de nous en désabonner et encourage, pour des utilisataires cherchant à s'y faire des ami·es, leur double exploitation, leur consommation circulaire de contenus). In fine, seul·e un·e libriste ayant des contacts ou de l'audience, disposant d'une forme normalisée, car fondée sur des apparences de consentement mutuel, d'infrastructure privée serait digne de faire des conférences ou de disposer des salles les plus prestigieuses, ou d'être invité·e à des podcasts. Ce n'est pas aberrant (ça permet d'éliminer une bonne partie du bruit des réseaux sociaux) mais c'est aussi basé sur un concept diamétralement opposé aux logiciels libres et aussi sur une méconnaissance à ce point aberrante des stratégies pour atteindre sa niche, d'une tendance à la survente confinant parfois à la prédation, et donc de la déconnexion entre l'audience en ligne et la valeur des connaissances produites et partagées.
L'objectif n'est pas de faire du Bronner (« gneugneugneu je méprise mon milieu d'origine, les pauvres sont illettré·es, lisez les gens comme moi ») mais de souligner les contradictions entre la corrélation intuitive de l'intérêt d'une conférence de libriste à son clout en ligne (car il est bien évident que nos outils déterminent les propriétés de l'environnement dans lequel on les utilise, et pas l'inverse ⸮) et le projet même des logiciels libres, qui est de construire des infrastructures publiques au sein desquelles les concepts de capitaux économique, culturel, social, symbolique, en tant que propriétés privées mobilisées dans une forme de concurrence pour l'accès à des ressources, seraient aussi aberrants et inopérants que possible.
Un progiciel peut bien évidemment être un logiciel libre mais encourager des étudiantes en CAP pâtisserie à prendre en main des progiciels comme la ligne de commande Unix (qui sert avant tout à partager des fichiers à partir d'un serveur) ou des gestionnaires de fenêtres n'est pas seulement un excellent moyen de les éloigner de leurs familles, de leur faire rater leurs études, et de les plonger dans la dépression, c'est aussi contraire à toute tentative de conceptualisation sociologique.