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Océane @oceane@peculiar.florist
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Nous vivons dans l’espace, dans ces espaces, dans ces villes, dans ces campagnes, dans ces couloirs, dans ces jardins. Cela nous semble évident. Peut-être cela devrait-il être effectivement évident. Mais cela n’est pas évident, cela ne va pas de soi. C’est réel, évidemment, et par conséquent, c’est vraisemblablement rationnel. On peut toucher. On peut même se laisser aller à rêver. Rien, par exemple, ne nous empêche de concevoir des choses qui ne seraient ni des villes ni des campagnes (ni des banlieues), ou bien des couloirs de métropolitain qui seraient en même temps des jardins. Rien ne nous interdit non plus d’imaginer un métro en pleine campagne (j’ai même déjà vu une publicité sur ce thème mais – comment dire ? – c’était une campagne publicitaire).
Georges Perec, « Espèces d'espaces »
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’à une époque sans doute trop lointaine pour qu’aucun d’entre nous en ait gardé un souvenir un tant soit peu précis, il n’y avait rien de tout ça : ni couloirs, ni jardins, ni villes, ni campagnes. Le problème n’est pas tellement de savoir comment on en est arrivé là, mais simplement de reconnaître qu’on en est arrivé là, qu’on en est là : il n’y a pas un espace, un bel espace, un bel espace alentour, un bel espace tout autour de nous, il y a plein de petits bouts d’espaces, et l’un de ces bouts est un couloir de métropolitain, et un autre de ces bouts est un jardin public ; un autre (ici, tout de suite, on entre dans des espaces beaucoup plus particularisés), de taille plutôt modeste à l’origine, a atteint des dimensions assez colossales et est devenu Paris, cependant qu’un espace voisin, pas forcément moins doué au départ, s’est contenté de rester Pontoise. Un autre encore, beaucoup plus gros, et vaguement hexagonal, a été entouré d’un gros pointillé (d’innombrables événements, dont certains particulièrement graves, ont eu pour seule raison d’être le tracé de ce pointillé) et il a été décidé que tout ce qui se trouvait à l’intérieur du pointillé serait colorié en violet et s’appellerait France, alors que tout ce qui se trouvait à l’extérieur du pointillé serait colorié d’une façon différente (mais, à l’extérieur dudit hexagone, on ne tenait pas du tout à être uniformément colorié : tel morceau d’espace voulait sa couleur, et tel autre en voulait une autre, d’où le fameux problème topologique des quatre couleurs, non encore résolu à ce jour) et s’appellerait autrement (en fait, pendant pas mal d’années, on a beaucoup insisté pour colorier en violet – et du même coup appeler France – des morceaux d’espace qui n’appartenaient pas au susdit hexagone, et souvent même en étaient fort éloignés, mais, en général, ça a beaucoup moins bien tenu).
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