*Vent*, fatigue universitaire, colère, autisme, logiciels libresJ'ai demandé à ma prof pourquoi on parlait de la rédaction du mémoire sur Word, qui relève du modèle WYSIWYG, qui n'est pas conçu pour rédiger des documents complexes, avec des sommaires et des index, et pas avec LaTeX, ou alors Org-mode ou Typst, en précisant bien, sur un ton calme, que ce n'était pas une injonction ou un reproche mais une interrogation de ma part.
(En réalité, les logiciels libres sont un enjeu d'accessibilité en ce qui me concerne, je suis autiste, et j'ai redoublé de nombreuses fois à cause des logiciels propriétaires, qui pour moi ne sont pas cohérents, imposent de faire des choses très simples très mal et de manière très compliquée, changent régulièrement d'interface, etc.)
Elle m'a répondu sur la défensive que l'essentiel était que chacun·e utilise les logiciels qui lui convenaient, que l'essentiel était que le document final soit produit, et m'a remerciée pour les ressources. Je lui ai répété que c'était une question et pas une remarque, et elle a répété ce qu'elle venait de dire en paraphrasant.
Je crois juste que je suis toujours en colère en fait, elle parle de se faire un retro-planning, j'ai envie de lui crier « mais ta gueule ! »
re: *Vent*, fatigue universitaire, colère, autisme, logiciels libres@oceane parce que tout ces trucs c'est super complexe. je trouve dommage qu'on decouvre ces logiciels aussi tard. du coup quand on arrive à ces moments c'est un peut trop tard pour les apprendre correctement, je veux dire si on mets apprendre à utiliser zotero+betterbibtex+latex+overleaf(ou autoheberger) dans le budget de temps, cela voudrait dire moins de temps pour faire notre devoir/travail/memoire/rendu ça pour nous en tant qu'étudiantes.
Du cote de profs cela suppose avoir des profs qui puissent nous aider à utiliser ces logiciels/languages pas toujours aussi simples. Il faudrait donc voir quels sont les objectifs pédagogiques, nous apprendre à écrire/rédiger, ou nous apprendre la partie édition d'article(dans mon cas les lieux d'édition nous donnaient des templates latex du coup on etait obligée d'utiliser, mais je trouve ça absurde que maitriser latex devienne un prérequis à la publication)
Enfin j'aurais aimé connaitre tout ça plus jeune au même moment que nous avons eu le cours sur Vim...
@rumi Alors, pardon, je n'avais pas vu tes réponses. Je ne sais vraiment pas pourquoi (alors que j'adore parler avec toi, t'es super intéressante et tout !)
À mon humble avis, deux suggestions :
1. Les capitaux bourdieusiens s'appliquent, concernant les logiciels libres il s'agit autant de capital culturel classique (la maîtrise des outils étant l'une des définitions données par Bourdieu des métiers de cadres) que de capital économique (les économies permises par la liberté de forker), de capital social (l'entourage universitaire des familles ouvrières multipliant par 10 leurs chances de faire des études longues à leur tour, lorsque « Les Héritiers » est publié, en 1964), et de capital symbolique (la violence symbolique engendrée par la capacité de maintenir de l'infrastructure publique, qu'il s'agisse d'un titre d'ingénieur·e diplômé·e de l'ENTPE ou de la capacité de produire du code et donc de prendre part à un système de don-contre-don de code, excluant tout rapport aux valeurs au profit de l'accomplissement immédiat de ses objectifs, de ses petits projets personnels, ainsi que de la rationalité en tradition de nos grands-mères, traumatisées par la guerre ou par le colonialisme et s'accrochant au mariage).
J'insiste sur le fait que les développeur·euses servent leur rationalité instrumentale (accomplissement immédiat d'objectifs) au nom d'un rapport aux valeurs relevant, d'une certaine manière et comme pour le « minimalisme » d'Archlinux, du meme communautaire.
2. Nos profs ne font pas le choix pédagogique de nous former à Word, iels y sont obligé·es par des contrats de financement de nos formations par Microsoft, et sont de toute façon elleux-mêmes formé·es dans de telles conditions, et donc complètement incompétent·es sur ces questions. En réalité, les logiciels libres nous font gagner du temps et sont surtout une mesure d'accessibilité de nos formations aux étudiant·es les plus démuni·es, les interfaces des logiciels propriétaires semblant conçues selon des critères libertariens et donc pour faciliter les études des élèves issu·es des catégories supérieures de la population, et inversement pour les élèves défavorisé·es (par exemple à travers une intégration bidon de Twitter dans iOS et à l'inverse de bons logiciels de prise de notes, de montage vidéo, et d'écoute de podcasts intégrés à macOS, dont un certain nombre d'étudiant·es issu·es des milieux populaires ne sauraient que faire).
@rumi Ah oui je voulais aussi ajouter que tout le monde trouve LaTeX compliqué parce qu'iels ne connaissent pas (Xe)LaTeX appliqué aux sciences humaines, leur principal outil pour apprendre ce langage est Google, et il est là le problème, tout le monde déteste apprendre la cuisine, l'administration système, LaTeX, Emacs, le développement C, ou la programmation de claviers mécaniques avec Google, mais ça c'est normal.
Les macros de LaTeX sont un peu indigestes mais taper en LaTeX reste, à mon humble avis, d'une grande simplicité, tu ne peux pas prendre de notes en LaTeX sans pré-programmer des macros sur ton clavier mécanique ou dans Emacs, et c'est sans doute un autre frein pour les étudiant·es, mais ça ne rend pas la rédaction d'un mémoire avec LaTeX particulièrement compliquée, AMHA. On se trouve à l'intersection d'un système d'informations obsolète et du fait que le personnel et les étudiant·es restent dans une commisération mutuelle pour leur incompétence technique, iels se foutent accessoirement, comme tout le monde, que ce soit un enjeu d 'accessibilité (en plus d'être un standard industriel).
Quant à Org-mode ? Je ne sais même pas, ou à peine, taper en LaTeX, je fais tout en Org-mode, avec Emacs. Encore une fois on a peut-être des tutoriels plus complets à écrire, mais le langage en lui-même reste du Markdown avec un système de gestion de tâches et d'événements, un système de feuilles de calcul (qui pour le coup me paraît vraiment indigeste), de l'exécution de code intégrée, de l'export de code dans d'autres fichiers, et la gestion intégrée d'entrées bibliographiques, ce qui pourrait intéresser mes camarades de promo.
Je pense vraiment faire de mon fichier de configuration lettrée d'Emacs un tutoriel complet, quand j'en aurai le temps et la motivation, parce que honnêtement c'est compliqué à apprendre mais plutôt simple à utiliser. ._. (Et on est à l'université, on est là pour apprendre des trucs, en principe.)