Surprenant : il n'y a pas de _town square_ sur l'internet (2/3)
Grâce à l'internet, on peut écouter des podcasts, et donc des personnes brillantes associer la consommation de viande au post-colonialisme au Brésil ; grâce à la monétisation de vidéos à travers la publicité ciblée, on peut accéder à des contenus d'infotainment de qualité, comme Poisson Fécond ou Dr. Mike, sans vraiment que le caractère problématique de ce mode de financement ne soit évoqué (même chez des libristes autoproclamés). Grâce à l'internet, on peut vivre des moments en famille en regardant des productions audiovisuelles phénoménales, émouvantes, ou stimulantes, comme Bleach, SNK, Sex Education, The Great Hack, etc. Grâce à l'internet, on peut se familiariser avec un milieu professionnel, et donc progressivement y faire carrière (en réalité surtout dans le développement informatique). On peut donc s'en servir pour développer différentes capacités, comme se soigner, faire le ménage, ou encore coder en Rust, et, avec les financements adéquats, ce serait indiscutablement une révolution dans l'enseignement et dans l'éducation populaire. Mais les enjeux anti-censure, clairement anti-autoritaires, sont parfaitement réalisables avec un lecteur de flux RSS et Atom, dans la mesure où un tel lecteur ne fait qu'agréger et mettre en ordre des fichiers XML accessibles à différents emplacements et à travers tous les protocoles concevables : la bibliothèque Arti devrait par exemple rendre triviale l'intégration des services cachés Tor et donc la possibilité de consulter des flux anonymes, incensurables, sans surveillance gouvernementale, sur tous les sujets de notre choix, ce que je ne peux qu'approuver étant donné que je considère que l'être humain serait fondamentalement bon (la généralisation de la maltraitance, notamment scolaire, servirait donc tendanciellement un programme culturel autoritaire). En d'autres termes, il suffirait par exemple à mon lecteur de flux RSS de pouvoir consulter des fichiers XML en se connectant au réseau Tor pour les agréger, un peu comme on peut s'en servir pour télécharger un fichier JPEG et l'afficher sur toutes sortes de machines.
Surprenant : il n'y a pas de _town square_ sur l'internet (3/3)
Se pose alors la question de ce qui distingue vraiment Twitter d'un blog ou d'un agrégateur de flux RSS : certes, son système d'agrégation de flux fonctionne nativement, au sens où il n'est absolument pas conçu pour consulter des tweets depuis un moteur de recherche, sans se créer de compte. Certes, on s'en sert pour publier, mais aussi pour développer des interactions réciproques qui, de mon point de vue, ne sont qu'illusoirement communautaires dans la mesure où il n'y a pas de métaphore de coprésence ; mes abonnéés ne voient pas, en retour, les publications de leurs pairs, iels n'ont pas le sentiment d'être à un même endroit au même moment, et iels n'ont pas le sentiment de faire attention les unns aux autres. Mais les utilisataires de Twitter croient faire communauté, notamment par dépit, et notamment car les notifications de partages et de favoris sont particulièrement addictives en tant que prises d'approbation communautaire, pour des raisons particulièrement sinueuses (le besoin d'y croire leur donne un caractère quasiment-alimentaire, qui permet à cette illusion de s'auto-entretenir). Comme les utilisataires de Twitter croient faire communauté, les mésusages de ce site web peuvent nuire à leur santé mentale, ou encore à leurs communautés réelles : modérer ce site web ne peut donc pas être réduit à de la censure, et apparaît comme une nécessité.