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Océane @oceane@peculiar.florist
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Je profite du fait que mon chéri m'ait enfermée chez lui pour vous partager un billet de blog écrit avant-hier : « #Emacs est un navigateur »
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Emacs est un navigateur (1/5) Je tends à considérer que les gens ne penseraient pas pour rien, et au contraire qu'iels auraient de bonnes raisons d'agir comme iels le font. Les tensions sociales viendraient selon moi notamment d'un manque de compréhension des bonnes raisons d'agir des gens (et même souvent d'un manque de lucidité quant à ces « bonnes raisons » d'agir, qui peuvent être sinueuses), ainsi qu'une assimilation des propriétés des personnes à celles des situations (qui peuvent être bonnes ou mauvaises) : ainsi des personnes rencontrées dans des contextes drôles seront-elles perçues comme drôles, etc. Par exemple, Cory Doctorow (sur lequel il y aurait beaucoup à dire) a récemment publié un billet intitulé « The cult of Mac » (Doctorow, 2024), dans lequel il défend l'agencéité des utilisataires de matériel Apple, et donc leur droit d'utiliser leurs appareils comme iels le désirent… au détriment de celleux défendant une interface que l'on pourrait qualifier de « conservatrice » : les utilisataires de matériel Apple ne peuvent pas s'en servir comme iels le veulent, et c'est une fonctionnalité. C'est quelque chose qu'iels recherchent, et iels ont raison.
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Emacs est un navigateur (2/5) Si l'on considère une prise comme une entité non-vivante permettant d'accéder à des ressources biocognitives, on peut imaginer qu'elle émergerait de notre environnement, elle serait donc complètement subjective, et le même environnement pourrait en contenir pour une personne et pas pour une autre. De ce point de vue, les connaissances, par exemple, sont des prises transformant notre subjectivité, et nous permettant donc d'accéder à d'autres prises ; leur émergeance est notamment produite par l'identification d'épreuves, que le stress nous encourage à surmonter, afin d'accéder à ces ressources ; l'éducation consiste ainsi notamment à stresser (correctement) des adolescentts, par exemple en les contraignant à mettre la table ou à aller au musée, afin de leur faire surmonter des épreuves, de les récompenser par un logement propre ou par la contemplation d'une œuvre d'art, ce qui créerait donc un circuit de la récompense, qui produirait l'identification des prises (un échec répété à ces épreuves produirait à l'inverse un phénomène de déni) ; or, un environnement dont les prises nous seraient inaccessibles produirait de la frustration, tandis qu'un environnement n'en ayant pas produirait de la dépression. Il faut donc stresser nos enfants pendant leur éducation afin de leur éviter une dépression : le fameux « tu me remercieras plus tard »… Or la démesure des moyens employés pour accéder à une ressource biocognitive semble également produire de la dépression ; l'usage de progiciels comme Twitter (utile seulement aux cadres), Krita, ou encore Archlinux ou sway, par des « profanes », implique donc un apprentissage sans commune mesure avec un intérêt somme toute réduit, et est donc un facteur de dépression. Il en va de même avec des mesures de sécurité, dans le cadre d'une informatique personnelle, dépassant largement le modèle de menace de l'utilisataire ! Celleux de matériel Apple ont donc raison de ne pas vouloir utiliser leurs logiciels comme iels le veulent, et on pourrait même développer sur helloSystem, un logiciel libre, basé sur FreeBSD, que l'on est libre ou non d'installer… mais dont l'interface suit les lignes de conception d'interfaces d'Apple, et est donc délibérément restrictive. Les utilisataires d'helloSystem font ce qu'iels veulent de leur matériel, iels peuvent installer Linux Mint (une distribution Linux pour personnes normales) si iels le souhaitent, mais je trouve, à titre personnel, ce système d'exploitation extrêmement prometteur et apaisant ; je comprends même leur refus de permettre du chiffrement de bout-en-bout, et je pense que l'on pourrait résoudre ce problème en définissant une variable d'environnement pour les ordinateurs portables, car le chiffrement du disque dur reste important pour ce type d'appareils ; mais c'est à la fois une mauvaise pratique de sécurité informatique et une bonne pratique de conception d'interfaces utilisataires.
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Emacs est un navigateur (3/5) Les arguments de Doctorow sur les abus d'Apple à ce sujet, à des fins économiques et politiques, sont donc fondés, mais tourner en ridicule ces utilisataires comme s'il s'agissait d'une simple secte et pas de la réponse à des besoins réels, notamment celui que le numérique ne soit pas un facteur de dépression, me paraît pour le moins condescendant, et en réalité peu pertinent.
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Emacs est un navigateur (4/5) Alors si le web est, de mon point de vue, un protocole catastrophique (Océane, 2023), et si les gens devraient utiliser des protocoles netheads, permettant aux applications de décider de la présentation des informations – l'enjeu est tout simplement de permettre aux cerveaux de faire leur travail de cerveaux, et donc de trier les formats les plus propices à trier les informations (par exemple en éliminant les publications sans titres, impossibles à référencer et à évaluer avant de les avoir consommées) – quelles sont leurs bonnes raisons d'utiliser des navigateurs ? Le projet GNU, qui développe Emacs, en particulier a publié un document intitulé « worst app store », détaillant les difficultés à revenir à une version antérieure d'une application en Javascript, ou encore celle d'accéder à ses données sans connexion internet. Ces critiques sont pertinentes pour les utilisataires d'un environnement comme Linux Mint ou GNU Guix, qui utiliseraient principalement des logiciels libres et qui pourraient donc revenir à une version antérieure en cochant une case, mais pas pour des utilisataires de Windows, qui utilisent précisément le web pour ne pas avoir à gérer les numéros de version ou à configurer les logiciels utilisés ! Un service web en tant que substitut à un logiciel (SaaSS) permet justement de fonctionner dès la connexion au site, le cas inverse étant traité comme un problème de sécurité informatique, à l'inverse d'un pilote d'imprimante, qu'il peut être compliqué de configurer et de dépanner (qui sait même ce que c'est et à quoi ça sert ?). On peut donc considérer une application comme un programme dont le processus d'installation serait uniforme et entièrement automatisé ; de telles fonctionnalités seraient généralement remplies par un gestionnaire de paquets comme celui de Guix ou de helloSystem, ou encore par Flathub, qui correspond à peu près au format des applications Android ; mais il n'y a pas d'équivalent sous Windows et à mon humble avis, quitte à froisser quelques personnes, je pense que nous devons composer avec le fait que certaines professions n'ayant rien à voir avec le développement de logiciels en ont besoin et que si nous voulons nous débarrasser du web, nous devons composer avec cet environnement. Bref, bien qu'anglophone, bien que non configuré par défaut, bien que son UX repose principalement sur ses pages de documentation info (qui sont généralement de bonne qualité), GNU Emacs répond aux critiques de la FSF (les données sont accessibles hors-ligne, les paquets sont versionnables) tout en répondant aux besoins des utilisataires du web (la configuration est reproductible d'un ordinateur à un autre, ce qui casse l'aspect frustrant de devoir réapprendre à configurer chaque programme propriétaire sans vraiment en comprendre les concepts sous-jacents).
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Océane @oceane@peculiar.florist
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Emacs est un navigateur (5/5) Ainsi dit-on souvent que Visual Studio par exemple serait un navigateur faisant tourner un éditeur de texte, tandis qu'Emacs serait un éditeur de texte faisant tourner un navigateur. Mais je ne suis pas vraiment d'accord : de mon point de vue, un navigateur web serait un navigateur bellhead et notamment conçu pour exécuter des programmes propriétaires, au format Javascript, tandis que GNU Emacs serait un navigateur nethead, conçu pour exécuter des logiciels libres, qui eux seraient radicalement, mais à titre secondaire, associés au format texte.

Doctorow C., 2024,
« The cult of mac. Pluralistic.net ».
Océane, 2023, « Tuons le web ! Océane.fr ».
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