Alors comme ça, on veut protéger les jeunes ? (1/2)
Dans un article défendant l'usage des récènes par les jeunes, Mike Masnick critique, d'une manière qui me paraît un peu abusive, l'annonce d'une classification de ces derniers en tant que toxines, par le maire de New York. Dans un bon travail de journalisme, Masnick lit le rapport en question, et constate qu'il vise surtout à permettre aux adultes d'accompagner leur usage, ce qui le fait conclure à une diversion des différents scandales entourant ce maire, notamment pour corruption (Masnick, 2024). Dans un article un peu moins récent, Masnick montre que les réseaux sociaux font globalement du bien aux adolescentts, à l'exception d'un petit pourcentage d'adolescentts ayant des problèmes de santé mentale, ce qui l'amène à critiquer, fort justement, des tentatives de protection de la jeunesse qui ne seraient, en réalité, que des formes de censure de l'internet (Masnick, 2023) : les adolescentts utilisent majoritairement les récènes pour se connecter à leur entourage et, de manière générale, s'en servent précisément pour fuir un environnement toxique. Outre le caractère délibéré de cette « optimisation pour l'engagement », le terme orwellien désignant ce que Foucault appelle le biopouvoir, et le ciblage de personnes peu influentes, dépourvues de capital (au sens bourdieusien, c'est-à-dire économique, culturel, social, symbolique), que mes lectaires connaissent bien, j'apporte une nuance capitale : les récènes font du bien aux adolescentts car ils leur permettent de rester en contact à travers l'internet ; l'internet leur fait donc du bien, en dépit des récènes, qui ne leur font pas autant de bien qu'IRC, Emacs, ou Bonfire le pourrait. De ce point de vue, tout appel à protéger les adolescentts en contrôlant leur accès aux récènes (via un contrôle parental) n'apparaissent que comme des tentatives de censurer l'internet, à travers le développement de technologies et de lois qui seraient ensuite étendues aux adultes.