Une manière par laquelle les récènes pourrissent la gauche est en amenant des personnes complètement isolées du monde réel (et je parle bien d'activités discursives ou pratiques/productives, pas de ce vieux débat IRL/AFK), dans des « chambres à échos » (un cas de ce que l'on nomme en sociologie des « institutions totales »), à avoir un rapport très idéologique aux choses, à vouloir établir un plan de A à Z pour mettre en place le communisme avant même d'atteindre 30 % de syndicalisation dans leurs pays, et donc à charger des mots innocents et joyeux comme « collectivisation » d'une sorte de finalité révolutionnaire violente.
J'hésite par exemple à motiver mes voisins à commander des paniers Too Good To Go et à les collectiviser, ainsi qu'à défendre à moyen terme l'inclusion des mendiantts du quartier, car « de chacunn ses capacités à chacunn selon ses besoins » ; principalement car des publications en ligne défendent des crimes contre l'humanité presque par principe, en tout cas au nom de principes peu explicités. (Et j'entends bien que des États s'émancipant du colonialisme, ou confrontés à « mille rois combattants », doivent d'abord se préserver eux-mêmes pour protéger leurs programmes révolutionnaires, nourrir leurs peuples, etc. Mais défendre ça sur le principe, justement, et donc sans rendre compte du processus historique détaillé, me paraît nuire à notre camp dans le contexte médiatique d'un appauvrissement concerté de nos idées et de nos communications.)