Selon Émile Durkheim, « une société [serait] à ses membres ce qu'un dieu [serait] à ses fidèles » ; il distingue par ailleurs le sacré du profane, et le normal du pathologique.
Selon Durkheim, le contact entre le sacré et le profane souillerait le premier, et impliquerait donc des rites de purification. Le normal serait par ailleurs un fait social ayant une fonction sociale, et le pathologique n'en ayant pas.
Ensuite, je n'ai pas lu Durkheim. Je l'ai étudié en cours, mais jamais vraiment lu, parce que j'ai été accro à Twitter pendant 8 ans ptdr. Mais il me semble que si l'on suit cet auteur, le pathologique (ce qui n'a pas de fonction sociale) représenterait du profane, et son contact avec ce qui en a, du sacré, le souillerait.
J'introduis ici la notion d'identité sociale réelle de Goffman, qui définit en creux l'objet d'analyse des interactionnistes : l'identité sociale virtuelle, celle que l'on considère temporairement comme réelle dans le cadre de l'interaction. On ne cherche pas à identifier l'identité sociale réelle des agents ou, en termes bourdieusiens, leurs habitus (Peroni), au moment d'acheter une baguette de pain et un café court.
Or, qu'est-ce qui n'a pas de fonction sociale sur le web ? Bon, premièrement, le fait même d'avoir une interface différente pour chaque site web, c'est complètement inutile, ça ne permet pas de véhiculer un message de manière plus efficace. Go Gemini, ou alors Gittorrent, je sais pas. Ensuite, on ne publie pas sur les récènes comme un acte militant « normal », c'est-à-dire voué à défendre la santé des communautés concernées par nos publications, mais comme un acte pathologique, spectaculaire au sens de Guy Debord, n'étant voué qu'à augmenter les bénéfices des ayants droit : des publications intellectuellement creuses, mais bien senties comme on en trouve sur ce réseau, que l'on peut partager par anticipation spectaculaire des partages par nos abonnéés, et donc de leur intérêt pour ce que nous partageons.
Publier sur l'internet avec la sincérité d'une adolescente filmant sa première convention avec un Nokia N95, c'est donc exposer son identité sociale réelle (l'« âme » d'Émile Durkheim, notre part sociale) à énormément de profane, c'est donc l'exposer à énormément de souillure. C'est ce qui fait vriller nos adolescentts sur les récènes, et c'est aussi pour cette raison qu'ils deviennent leur propre mécanisme de défense – on y cherche une purification à travers les notifications d'approbation, c'est-à-dire une forme d'affirmation de notre intégration sociale et donc de notre sacralité, d'une manière qui précisément souillera notre âme, notre habitus, notre identité sociale réelle.
Ces pratiques peuvent aussi s'associer à des écoutes musicales, à la consommation de sucreries (symbole profane et vulgaire d'intégration sociale par excellence), etc. (J'imagine que les étudiantts des classes supérieures répondent à ce besoin en buvant du thé, substitut naturellement parfumé, voire « épicurien » (Le Palais des Thés) au café.)