Sur la dépression : premièrement, notre environnement contient des entités non-vivantes qui nous permettent d'accéder à des ressources biocognitives ; la frustration me semble émerger de leur inaccessibilité temporaire, tandis que la dépression me semble émerger d'une mise en échec régulière.
Deuxièmement, il semble y avoir un rapport entre la dépression et la consommation de contenus médiatiques particulièrement médiocres. Je ne crois pas que cette consommation n'en serait qu'une conséquence, une forme de renoncement : selon moi, elle la co-produirait.
Si vous vous demandez s'il existe des technologies soignant la dépression, je pense que c'est le cas, que l'on peut parler des flux RSS, d'IRC, ou de Gemini par exemple.
Et à titre personnel, GNU Emacs a clairement joué un rôle (j'envoie ce fil depuis cet éditeur de texte). Je vais pas compromettre mes objectifs ici au nom d'une guerre complètement stupide et artificielle entre des utilisataires d'éditeurs de texte : GNU Emacs est certainement la technologie qui a joué le plus grand rôle dans mon rétablissement.
Mais pour vous donner un exemple, le chauffeur de mon bus de ce matin écoutait une émission de radio infâme, l'un des intervenants rappelait qu'il y avait aussi en France des tas d'arabes qui vivaient discrètement, le mec m'évoquait symboliquement un ticket de métro, il était de toute évidence en dépression, et comme par hasard il écoutait n'importe quoi.
J'ai lu quelqu'un sur Twitter écrire « le problème quand quelqu'un disparaît, c'est qu'on ne sait pas s'il est mort ou s'il est heureux ».
Les utilisataires de 4chan savent que ce site web est corrélé à de la dépression. Des memes (qui relèvent notamment du troll et du sadisme) en parlent, des bannières communautaires sont votées à ce sujet. Un endroit horrible.
Cela dit en passant, Emacs a un moteur très puissant de listes de tâches, ça m'aide justement à accéder aux affordances dans mon environnement. C'est l'une des manières par lesquelles cet éditeur de texte m'aide contre la dépression.
Valeurs, affordances, et dépression : les pauvres peuvent avoir une peur de manquer de temps ou d'argent, et donc le besoin de faire des choix, ce qui peut les pousser à faire des choix de manière « compulisve » en matières d'argent (et donc à dépenser plus d'argent que sans cette crainte d'en manquer) et aussi à traiter leur entourage (notamment leurs enfants humains/non-humains, c'est pas une catégorie scientifique c'est l'expression de Clochix, de toute façon ce fil ne traite que de réflexions personnelles) comme des affordances, ce qui a un caractère « débiologisant » mais peut aussi donner lieu à de la maltraitance.
En nous enjoignant à prendre une série de décisions à chaque tweet lu, c'est-à-dire tous les 280 signes, les récènes, comme Twitter (mais aussi ceux développés par Facebook, l'entreprise : Instagram et sans doute Threads) conditionnent leurs utilisataires accro à tenter de prendre des décisions très fréquemment, et donc à traiter comme des affordances ce qui n'en est pas. Ce phénomène empêche de se concentrer sur des textes universitaires, dont la lecture rapide impose au contraire de suspendre toute décision à la fin d'une section ou d'un chapitre (on ne peut de toute façon pas se concentrer sur un chapitre entier en sous-vocalisant, ça implique trop de concentration et ça prend trop de temps).
Dans cet exemple, tenter d'agir tous les 280 signes, avec le rapport polarisé que l'on trouve sur les récènes, « aplatit » le texte, qui n'est plus qu'un agrégat d'affordances, de quelques idées qui ne doivent pas dépasser 280 signes, et pas une série progressive d'affordances, les paragraphes formant des idées, les idées des sections, puis des chapitres, des parties, et enfin un livre tout entier, qui représente une affordance irréductible à une simple succession d'idées indépendantes.
À travers cet exemple, la manière dont la crainte de manquer d'argent, ou un sentiment d'urgence, peuvent nous empêcher de percevoir les affordances là où elles sont vraiment, nous empêcher d'y accéder et donc co-produire une dépression, me semble irréfutable.