Sur le financement de Tusky, CW précarité trans + validisme et négativité :boost_requested:
Ok je vais clarifier un truc.Une asso trans, je ne sais plus laquelle, a une présidente précaire. Une femme trans handicapée sans soutien familial, donc si elle ne peut pas se payer ses courses, elle ne mange pas.
Hélène m'a dit à Lyon que la transparence était très importante pour cette asso donc si la présidente devait taper dans les fonds pour survivre, elle le faisait et elle l'indiquait dans les comptes. Ce n'est pas idéal mais l'information est publique et les donataires donnent en connaissance de cause. En fait, à mon avis le problème n'est pas qu'une femme trans doive taper dans des dons pour survivre (c'est en premier lieu pour ça qu'on donne à cette asso) mais que ces dons viennent eux-mêmes de personnes trans précarisées (et pas, par exemple, de cadres, ou de professions plutôt stables économiquement).
Donc j'ai vu passer une publication sur le financement de Tusky, relayée par Mekka Okereke, et honnêtement c'est la première fois que je trouve ses publications moins qu'excellentes. Les administrataires de cette application sont handicapé·es et ont parfois des problèmes financiers qui engagent leurs possibilités de garder un toit sur leurs têtes. Un développeur pourrait imaginer que d'autres développeur·euses auraient un revenu stable et des opportunités professionnelles, mais ce n'est pas le cas.
Donc cet homme a bien fait de relever le rasoir de Hanlon (dans un hyperlien, et sans développer), mais dans un contexte validiste cette « compassion » n'a aucun effet. On peut enjoindre des personnes handicapées à avoir des capacités et des opportunités, et une stabilité économique de personnes valides avec toute la compassion du monde et pourtant réduire directement et en une seule publication leur espérance de vie de quelques années.
Le rasoir de Hanlon est un principe très important pour éviter de sombrer dans des théories du complot : il faut être capable de voir les phénomènes sociaux avant de voir des intentions malveillantes afin de ne pas les humaniser et de ne pas voir un schème organisateur malveillant et tout-puissant (contrôlant la politique ou, comme l'a dit Marie Peltier, en une imagerie antisémite sans juif·ves).
Il s'applique aussi aux oppressions systémiques : il ne faut pas expliquer la surreprésentation des personnes racisées ou psychiatrisées dans la rue ou dans les prisons par de la malveillance lorsque la stupidité y suffit. Les oppressions systémiques tiennent pour la plupart à notre manque d'éducation sur ces questions. Donc si vous voulez prendre position sur un comportement qui vous paraît problématique de personnes trans, racisées, handicapées, ou autres, s'il vous plaît, renseignez-vous d'abord sur nos situations et sur nos besoins (individuels et communautaires).
La solution la plus saine et la plus confortable pour vous serait alors d'informer nos communautés et de les laisser gérer les situations problématiques avant d'intervenir.