Sur la mort de Nahel, et les liens pas si fictifs entre les émeutes et les institutions « socio-capitalistes ». CW racisme (j'emploie volontairement une expression choquante, pour faire réagir)
Je me permets de partager mon avis sur les liens entre émeutes et institutions « socio-capitalistes » (ISC) : à ma connaissance, c'est très peu probable car les victimes des ISC, celles qui répercutent la violence de leurs interactions et donc leur maltraitance dans les situations de coprésence spatiotemporelle (à ne pas confondre avec les métaphores de coprésence qui, selon moi, permettent les communautés en ligne, ce que permettent des salons IRC mais pas des forums), sont piégées dans des institutions totales, et ont donc sans doute de grandes difficultés à sortir de chez elles.Par exemple, les « reply guys », les gens qui passent leurs journées à faire des commentaires passifs-agressifs ? Ce sont probablement des personnes très isolées, qui ont besoin de faire communauté, dans des états proches de la dépression.
Mais on peut aussi imaginer que ce serait en toute connaissance de cause et avec une certaine habilité que la classe politique assimilerait les émeutes aux ISC et (par extension) aux jeux vidéo, car les conditions dans lesquelles les ISC forment des habitudes de violence symbolique ne sont rien d'autre qu'une forme de maltraitance et plus particulièrement de maltraitance numérique, alors que ces émeutes sont une conséquence d'une autre forme de maltraitance, le racisme.
En faisant porter la responsabilité des émeutes aux ISC, Emmanuel Macron décrit bien un comportement de victimes de maltraitance, mais plus encore il renverse la situation en attribuant ce comportement à des propriétés « essentielles » et « communautaires » (les « zones de non-droit », les « quartiers criminogènes », les « problèmes d'intégration », les « causes culturelles ») plutôt qu'à des propriétés relationnelles (le racisme dont ces personnes sont victimes, en particulier lorsqu'un policier abat un jeune adulte à bout portant, après lui avoir parlé et avant qu'il n'ait parcouru un mètre, pied au plancher, ce qui veut dire qu'il avait sorti son arme au moment où Nahel démarrait) mais aussi, bien sûr, dans le traitement médiatique de cette exécution (Nahel était censé être un « _dealer_ de drogue », mais bien sûr, et pourquoi pas terroriste ? Allons-y, chargeons la bête, Nahel était arabe de toute façon). Cf. le PDF ci-joint.
Je me permets de rappeler que Bernard Cazeneuve a co-écrit ce long et passionnant rapport sur le Rwanda ; Macron et ses subordonné·es ne sont pas stupides, iels font seulement semblant de l'être. Réfuter ces propos sans en critiquer les principes, comme Olivier Ertzscheid l'a fait, est une démarche « groupiste », d'isolement volontaire de sa stratégie politique collective, fusse-t-elle universitaire, et politiquement défaitiste.