Les cailloux, j'en ai dans les chaussures, mais j'essaye aussi de les faire voyager. Boulimique de connaissances. Prédilection pour l'astronomie, la géographie, les origamis et l'écriture. Défaillance notable dans les relations sociales, mais j'essaye quand même.
Deux adorables chats, un ventre à pattes super câlin, et un courageux survivor aux yeux greffés.
Petite fierté personnelle : série de 1497 jours sur Duolingo au 30/10/2024.
Langues : français, anglais J'apprends ou j'ai des notions : polonais, LSF, allemand, coréen, japonais
Bannière par BlessedSleepSeeker (merci !)
Je n'accepte pas nécessairement toutes les demandes d'abonnement, notamment sans interaction préalable ou compte sans bio. Merci de le comprendre :)
"Il restait là, debout au milieu de la vaste place, fasciné par les pavés lisses et polis à perte de vue, façonnés non pas par les personnages célèbres des livres d'histoire, mais par la foule de sabots, de souliers, de chaussures, de sandales, de bottines anonymes, et aujourd'hui, par ses propres godasses."
"Mme Anders, on a un problème !" L'ingénieure réclama que les warnings soient affichés immédiatement sur l'écran principal du labo. Qu'est ce qui clochait avec ce prototype ? L'opérateur avait beau formuler des demandes, que les pré processeurs traitaient correctement, aucune réponse orale ne se faisait entendre. Bouche cousue, P2076 refusait de dire un mot. Iel allait probablement aussi refuser qu'on y introduise quoi que ce soit, Trix ne l'aurait pas permis, de toute façon. Si son robot bloquait la communication, il fallait vite comprendre pourquoi. Elle se demanda, avec une certaine ironie, ce qui, chez un être humain, pouvait le rendre mutique, comme fâché ou... "Frank ! Où est Frank ? - Ici, Madame. - Rappelle moi l'origine des barrettes de RAM utilisées dans P2076 ?" Effroi. Ils savaient, ils savaient tous. Frank bredouilla quelque chose à propos de 3X.9, le proto prêté à l'un de leur pire crash-testeur. "Et tu as écrasé et formaté ses mémoires, n'est ce pas ? ... Frank ? Tu l'as fait, j'espère ?!" Tous se tournèrent en silence, après les cris de Trix, vers P2076, et furent pris d'une nausée et d'une compassion infinie pour ce pauvre androïde dont les lèvres restaient scellées.
"Regard, puits de l'âme. Ce n'est pourtant pas là que je me noie. Pendue à tes lèvres qui remuent, prononcent sans doute quelque chose, je ne songe qu'à emporter tes mots d'un baiser."
"Comment tant de souvenirs peuvent-ils se tenir sur ce muret ? Est-ce un espace qui s'élargit avec le temps, pour contenir autant d'informations ? La nébuleuse n'est pourtant que dans ma tête. Lorsque je m'éteindrai, ils se disperseront, et ce muret ne sera plus que ce qu'il a toujours été : quelques briques usées."
Trix avait hésité dans ses choix de silicone pour recouvrir ses robots ; en secret, elle avait fait des batteries de tests de toucher, frottements et succion. Une peau même synthétique, devait pouvoir se fatiguer, se fendiller, se rider, tout comme une vraie peau. Le réalisme ? L'obsolescence programmée pour pousser à la consommation ? Non non, ce n'était pas la motivation de Trix. Elle voulait que les clients se rendent compte de l'épuisement, de la sur-utilisation qui était faite de ses androïdes. Un ultime et discret acte de résistance face à une industrie qui lui laissait quelques scrupules.
"Elle avait attendu, cachée dans l'armoire, que les autres la retrouvent. La vérité, c'est qu'ils ne l'avaient jamais cherchée, puisqu'ils ne savaient pas qu'elle existait. La sagesse mourut donc seule, enfermée dans un vieux placard du grenier de la conscience."
"Minuit, et ce n'est plus demain. Une porte qui claque, et c'est irrémédiablement fini. Tes derniers mots, que j'ai oubliés. Certaines choses, quand elles arrivent, portent à cet instant même des futurs déja dépassés."
Les réfectoires d'entreprises avaient un double intérêt. On pouvait, pour la modique somme du ticket repas quotidien, manger et se distraire. Pour la première partie, il ne s'agissait vraiment que de ça, pas de se régaler. Mais pour la seconde, c'était un festival de conversations entendues en déambulant anonymement avec son plateau, ou depuis la table d'à côté une fois assis. Par exemple, ce jour-là, Trix s'était amusée des perles narrées par le service après-vente : "... Oh, vous vous souvenez du gars qui avait appelé car son androïde était resté bloqué en mode vibro ? - Pas la meilleure panne, celle-là. - Clairement, jusqu'ici, celle que je préfère c'est le type qui avait fini par se fracturer le poignet. - Ah, merde, c'est pas drôle, ça. Mais... comment...? - Il a glissé. Le réglage de lubrification n'était pas défectueux, ce qui a sauvé nos miches au procès, mais le client l'avait mis au max. L'androïde avait tellement bavé qu'il avait inondé le sol..."
"Le chemin peut être un sentier le long de la côte, un trottoir urbain encombré, une allée au sein d'un jardin boisé, une venelle d'une ancienne cité, la montée au sommet d'une colline campagnarde. Qu'importe. Un pas est un pas tant qu'il va quelque part - ou prétend le faire."
Le directeur de la firme ne remarqua le retard probable de Trix à la réunion journalière qu'à son essoufflement lorsqu'elle pris la parole et que sa caméra s'illumina : "La fonctionnalité que je vais vous présenter ce matin est particulièrement subtile. Notre équipe est fière de vous faire la démonstration du feedback intelligent." Elle partagea alors la vision de la salle principale du labo. Sur deux paillasses étaient étendus les bustes de deux androïdes. Auprès d'eux, se tenaient deux opérateurs. Trix reprit : "Le sujet de gauche et son opérateur ont établi au préalable une relation émotionnelle avérée. Ce n'est pas le cas de l'opérateur de droite et son sujet. Regardez bien... Là ! Voyez ? Ce n'est pas accessoire : une telle réaction rendra crédible la relation, la connexion entre nos clients et leur androïde sexuel." À gauche seulement, sous l'effet de lents effleurements de la part de son opérateur, les tétons du robot s'étaient durcis et dressés.
"Et pour l'audio ? - Quoi, l'audio ? - Ben oui, le souffle court, les gémissements, les cris, t'as prévu quoi ?"
Trix en resta bouche bée, son collègue allait la forcer à modifier le prototype. L'ingénieure avait pensé à tout, formes, textures, vibrations, humidité, palpitations. Et voilà que son bijou de techno-robotique allait être affublé de halètements réalistes mais surjoués, dignes des infâmes pornos de la fin du XXe siècle. Une relation sexuelle artificielle en silence, c'était trop demander ? Il faudrait au moins incorporer un bouton pour le volume...
@dvd Ouille, c'était un compliment, on dirait bien...?
Laissons passer une minute pour que la pression aille s'enfermer dans la panic room avec la honte et l'étrangle un bon coup. (Oui, j'avais lâchement prévu de rien écrire aujourd'hui 😅)
C'est trop d'honneur que tu me fais. Permets-moi de partager ce voeu pour toutes les personnes ici qui écrivent et réjouissent nos coeurs avec leurs mots. À commencer par toi ! 😊